A l'heure où la France croule sous les dettes, on ne trouve rien de mieux à faire que d'accentuer encore la charge en offrant toujours plus. Un décret réduit de 200 à 150 le nombre d’heures de travail dans le trimestre exigé pour être indemnisé en cas de maladie ou de maternité. Il n’a pas fait de bruit, mais il aura des conséquences majeures pour quelque 300.000 salariés, selon le chiffrage du ministère des Affaires sociales. Le 31 janvier est paru au «?Journal officiel?» un décret qui va permettre à plus de travailleurs précaires, et en particulier ceux occupant des emplois à temps très partiel subi, de toucher des prestations de la Sécurité sociale. C’est la concrétisation d’ une promesse faite fin janvier 2014 par Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des femmes. Depuis le 1er février dernier, pour pouvoir toucher des indemnités en cas de maladie, de congé maternité, d’invalidité ou de congé paternité, le nombre d’heures de travail réalisées au cours des trois mois civils ou des 90 jours précédents exigé a été fortement réduit. Jusqu’à présent, il fallait avoir travaillé au moins 200 heures dans le trimestre pour y prétendre. Désormais, ce seuil est abaissé à 150 heures. Son pendant annuel a été réduit, lui, de 800 heures à 600 heures. Ces nouvelles règles ne doivent rien au hasard. C’est la reprise de la modification introduite dans le décompte des trimestres de cotisation nécessaires pour bénéficier d’une pension à taux plein par la loi sur les retraites de 2013. Une modification entrée en vigueur il y a un peu plus d’un an, le 1er janvier 2014. Les 200 heures dataient. Elles étaient en vigueur depuis plus de vingt ans. Ce seuil n’avait étonnement pas été modifié lors de la réforme des 35 heures, en 2001, aboutissant à renforcer l’exigence d’activité au regard d’un temps plein?: il fallait justifier de fait de trois journées de travail à temps plein de plus dans le trimestre. La mesure est importante, car elle va concerner une frange des salariés les plus fragiles touchés de plein fouet par le mouvement de raccourcissement de la durée des contrats précaires – intérim comme CDD – et qui se retrouvent par exemple atteints d’un cancer et sans indemnités maladie. Elle va concerner aussi au premier chef les intermittents, et plus particulièrement celles que l’on appelle les «?matermittentes?». Aux difficultés que leur cause l’interruption de leur activité en cas de congé maternité par rapport au calcul de leurs droits à chômage s’ajoute dans nombre de cas l’absence même de droits à indemnités de maternité.