La France est en crise, comme un pays qui doute de lui-même et des forces qui sont les siennes, dans une Europe incertaine de sa trajectoire, et dans un monde en mutation. Cette crise, ce n’est pas seulement une conséquence de phénomènes économiques incontrôlés, ce n’est pas seulement un passage difficile qu’il faudrait dépasser pour retrouver le chemin de la prospérité, comme avant. Car chacun sait que l’avenir ne ressemblera pas à notre passé, et c’est une des raisons de la crise, dans son versant moral et politique. Ces bouleversements affectent en effet chacun de nous. Ils inquiètent beaucoup d’entre nous, qui s’interrogent sur leur avenir, plus encore sur celui de leurs enfants. Allons-nous subir ces bouleversements, ou allons-nous collectivement nous mobiliser afin d’être les acteurs ? Allons-nous nous replier dans une nostalgie stérile, ou allons-nous construire le sens du progrès au xxie  siècle? Le travail que nous avons fait se situe dans une période difficile, qui l’a nécessairement influencé. Nous en sortons avec la conviction profonde que la France a beaucoup d’atouts à faire valoir, par sa tradition forte et reconnue dans le domaine de la pensée et de la technologie. Elle a des faiblesses, que chacun ne connaît que trop, mais que nous pouvons dépasser. La situation financière est difficile, chacun le sait, et cela engage chacun de nous à faire le meilleur usage des moyens qui sont consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche. Mais ces moyens ne sont pas des dépenses, ce sont bien des investissements, dont les retombées pour la société sont immenses. Retombées sociales, économiques, citoyennes : poursuivre l’effort engagé depuis 25 ans est une nécessité pour mettre en œuvre l’enseignement supérieur du xxie  siècle, dont nous avons esquissé les contours. Les évolutions ont commencé depuis longtemps : heureusement les acteurs de l’enseignement supérieur n’ont pas attendu un rapport pour se mobiliser. Ce qui manque, ce n’est ni les talents ni la créativité, mais sans doute le partage au-delà de la communauté académique d’un projet ambitieux de développement de l’enseignement supérieur, soutenu par la nation. Les stratégies nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche sont l’occasion pour que ce soutien soit affirmé, proclamé, placé au rang des premières priorités d’une nation qui s’engage pour réduire les inégalités, pour lutter contre les fractures qui se creusent et ne laisser personne au bord du chemin, pour favoriser un meilleur partage du savoir et du progrès ; une nation qui s’engage résolument dans la construction de son avenir, plutôt que dans la nostalgie de son passé.